Guide · Langue française
Loi 96 et votre petite entreprise : les obligations essentielles
Site Web, contrats, affichage, francisation : ce que la Charte de la langue française exige vraiment d'une petite entreprise québécoise — avec les articles de loi et les échéances, sources officielles à l'appui.
Vérifié auprès des sources officielles · Dernière mise à jour : juillet 2026
La Loi 96 en deux mots
La Loi 96, adoptée en 2022, a renforcé la Charte de la langue française (RLRQ, c. C-11). Ses obligations sont entrées en vigueur par vagues — 2022, 2023, puis le 1er juin 2025 — et plusieurs touchent directement les très petites entreprises : votre site Web, vos contrats, votre affichage. Voici l'essentiel, article par article.
Votre site Web et vos réseaux sociaux
Les entreprises qui desservent le marché québécois doivent rendre leurs publications commerciales — catalogues, brochures, bons de commande et documents de même nature — disponibles en français. L'Office québécois de la langue française (OQLF) applique cette exigence aux sites Web commerciaux et aux médias sociaux. La version française doit être accessible dans des conditions au moins aussi favorables que toute version dans une autre langue (Charte, art. 52).
Ce n'est pas théorique : la pratique de l'OQLF confirme que les sites Web sont visés, avec plusieurs déclarations de culpabilité entre 2024 et 2026 pour des sites commerciaux uniquement en anglais — notamment Waterco (2025) et Pokoloko Kreative (2026), poursuivies à la suite d'ordonnances de l'OQLF. Les consommateurs ont aussi le droit d'être informés et servis en français (art. 5).
Vos contrats d'adhésion : le français d'abord
Depuis le 1er juin 2023, les contrats d'adhésion — les contrats types non négociables, y compris les contrats de consommation — et les documents qui s'y rattachent doivent être rédigés en français. Les parties ne peuvent être liées par une version dans une autre langue que si la version française a d'abord été remise à l'adhérent et que les parties en ont ensuite exprimé la volonté expresse (Charte, art. 55; OQLF).
Le piège classique : offrir simplement une version anglaise « au choix » ne suffit pas. La version française doit réellement être remise en premier; c'est seulement après que le client peut choisir expressément d'être lié par la version anglaise.
Affichage public : le français « nettement prédominant »
Depuis le 1er juin 2025, dans l'affichage public visible de l'extérieur d'un local qui comporte une marque de commerce ou un nom d'entreprise dans une autre langue que le français, le français doit être « nettement prédominant » : dans un même champ visuel, l'espace consacré au texte en français doit être au moins deux fois plus grand que celui consacré au texte dans l'autre langue, avec une lisibilité et une visibilité permanentes équivalentes — par exemple en ajoutant des génériques, des descriptifs ou des slogans en français (OQLF; Québec.ca).
Depuis la même date, les marques de commerce non françaises apposées sur des produits doivent aussi voir leurs génériques et descriptifs traduits en français (art. 51.1).
25 personnes ou plus : la francisation
Depuis le 1er juin 2025, l'entreprise qui emploie 25 personnes ou plus au Québec pendant une période de six mois doit s'inscrire à l'OQLF dans les six mois suivant la fin de cette période, puis transmettre une analyse de sa situation linguistique dans les trois mois de la délivrance de son attestation d'inscription — c'est le début de la démarche de francisation. Le seuil précédent était de 50 employés (Charte, art. 139; OQLF). Si la généralisation du français n'est pas atteinte, un programme de francisation suit; à 100 employés et plus, un comité de francisation s'ajoute.
Pour un solopreneur ou une micro-équipe, ce volet ne s'applique donc pas — mais il devient pertinent le jour où vous franchissez le cap des 25 personnes.
Les amendes : comment ça se passe vraiment
Depuis le 1er juin 2022, la Charte prévoit des amendes de 700 $ à 7 000 $ pour une personne physique et de 3 000 $ à 30 000 $ pour les sociétés, par infraction. Les amendes doublent pour une première récidive et triplent ensuite; lorsqu'une infraction se poursuit plus d'un jour, chaque jour constitue une infraction distincte, et les amendes des administrateurs et dirigeants sont le double de celles des personnes physiques (Charte, art. 205, 207, 208 et 208.0.1).
En pratique, pour la plupart des manquements (sites Web, affichage), l'OQLF rend d'abord une ordonnance — l'infraction poursuivable est typiquement le défaut de la respecter. Des manquements répétés peuvent aussi mener à la suspension ou à la révocation de permis gouvernementaux (art. 204.28).
Par où commencer
- Vérifiez que chaque page commerciale de votre site a une version française réellement équivalente — y compris vos pages de vente et vos infolettres.
- Passez vos contrats types en revue : la version française doit être remise en premier, avant toute version anglaise.
- Si vous avez une vitrine ou une enseigne visible de l'extérieur avec une marque non française : mesurez. Le français doit occuper au moins deux fois l'espace, dans le même champ visuel.
- Notez le seuil de 25 employés dans votre plan de croissance — l'inscription à l'OQLF devient obligatoire.
- Si vous recevez une lettre de l'OQLF, ne l'ignorez pas : c'est le non-respect de l'ordonnance qui coûte cher.
Réponses rapides
Mon site Web peut-il rester bilingue?
Oui. La Charte n'interdit pas les autres langues : elle exige que la version française existe et soit accessible dans des conditions au moins aussi favorables que toute version dans une autre langue (art. 52, tel qu'appliqué par l'OQLF aux sites Web et aux médias sociaux).
Je suis travailleur autonome, sans employés. La Loi 96 me concerne-t-elle?
Oui, en partie. Si vous desservez le marché québécois, vos publications commerciales — site Web, catalogues, bons de commande — doivent être disponibles en français, et vos contrats d'adhésion doivent être remis d'abord en français. La démarche de francisation, elle, ne vise que les entreprises de 25 personnes et plus.
Est-ce que je risque une amende automatique si mon site n'est pas conforme?
En pratique, non. Pour la plupart des manquements (sites Web, affichage), l'OQLF rend d'abord une ordonnance; l'infraction poursuivable est typiquement le défaut de s'y conformer. Le non-respect d'une ordonnance peut coûter à une société de 3 000 $ à 30 000 $ par infraction — et chaque jour compte comme une infraction distincte (art. 205 et 208.0.1).
Sources
Chaque affirmation de ce guide s'appuie sur l'une de ces sources officielles. Vérifiez la source avant d'agir — les règles et les échéances changent.
- LégisQuébec — Charte de la langue française (RLRQ, c. C-11)
- OQLF — Affichage des marques de commerce et des noms d'entreprises
- OQLF — Contrats d'adhésion
- OQLF — Communiqué : déclaration de culpabilité (Waterco, 2025)
- OQLF — Communiqué : déclaration de culpabilité (Pokoloko Kreative, 2026)
- OQLF — Entreprises de 25 à 49 personnes : inscription à l'OQLF
- Québec.ca — Nouvelles obligations pour les entreprises (1er juin 2025)
Pour aller plus loin
Check-Up Conformité — bilan de conformité québécois
La version approfondie et personnalisée de ce guide : répondez à 16 questions (environ 3 minutes) et recevez une liste d'actions priorisées pour VOTRE entreprise — scores de préparation, statut vert/jaune/rouge par obligation, calendrier des échéances, en français et en anglais, avec les sources officielles citées.
Obtenir mon rapport personnalisé — 39 $Lecture d'affaires gratuite par U
U est l'opérateur IA des entreprises d'une seule personne. Répondez à une courte entrevue et U prépare une lecture personnalisée — votre goulot d'étranglement, vos scores, vos trois prochains gestes. Aucune carte requise.
Obtenir ma lecture gratuite